Un développeur quitte son CDI pour facturer ses propres clients, une consultante veut un cadre plus solide que la micro-entreprise, un artisan prépare sa première société. Tous arrivent à la même question au moment de rédiger les statuts : SASU ou EURL ? Sur le papier, les deux formes se ressemblent beaucoup. Dans les faits, le choix fixe pour plusieurs années le coût de la rémunération du dirigeant, sa protection sociale et la manière dont les bénéfices sortent de la société.
La SASU et l’EURL sont les deux formes de société commerciale à associé unique. Ce guide reprend les règles publiées par Bpifrance Création et par l’administration, critère par critère, puis les traduit en situations concrètes : qui gagne à choisir l’une, qui gagne à choisir l’autre, et quelles étapes suivent le dépôt du dossier.
L’essentiel en bref :
- Entre EURL ou SASU, les formalités de création sont les mêmes, le capital est librement fixé et la responsabilité de l’associé unique est limitée à ses apports, sauf faute de gestion.
- Le gérant associé unique d’EURL est travailleur non salarié (TNS) et cotise à la Sécurité sociale des indépendants ; le président de SASU relève du régime général en tant qu’assimilé salarié.
- L’EURL dont l’associé est une personne physique est imposée à l’impôt sur le revenu, avec une option pour l’IS ; la SASU paie l’impôt sur les sociétés, avec une option temporaire pour l’IR.
- Les dividendes de SASU ne supportent pas de cotisations sociales ; en EURL soumise à l’IS, la part qui dépasse 10 % du capital, des primes d’émission et des comptes courants y est soumise.
Ce que la SASU et l’EURL ont en commun
L’EURL et la SASU partagent leur socle juridique. Une seule personne détient tout le capital, et cette personne peut être physique ou morale : une autre EURL ou une autre SASU peut donc en être l’associé unique, ce qui sert souvent pour une holding. Le montant du capital social est librement fixé dans les statuts : aucun minimum en EURL, 1 € minimum en SASU. La responsabilité financière de l’associé est limitée au montant de ses apports, sauf faute de gestion, et le dirigeant reste responsable civilement et pénalement de ses actes. Les apports en industrie, c’est-à-dire un savoir-faire ou du travail, sont possibles dans les deux cas.
Côté démarches, EURL et SASU suivent le même parcours et coûtent à peu près la même chose : rédaction des statuts, dépôt des apports en numéraire, annonce légale, puis immatriculation par le guichet unique. Le dirigeant peut bénéficier de l’Acre dans les deux formes : depuis 2026, elle exonère pendant 12 mois 25 % de certaines cotisations (maladie-maternité, allocations familiales, retraite de base, invalidité-décès), pour certains profils de créateurs et sous plafond de revenu. Les deux sociétés se distinguent ailleurs : sur le statut social de celui qui les dirige, sur l’imposition des bénéfices et sur le traitement des dividendes.
Tableau comparatif SASU / EURL
Pour un comparatif SASU EURL rapide, voici les points où les deux formes s’écartent, tels que Bpifrance Création les présente dans sa fiche de comparaison publiée en juin 2026 :
| Critère | EURL | SASU |
|---|---|---|
| Dirigeant | Gérant, obligatoirement une personne physique | Président, personne physique ou morale |
| Régime social du dirigeant associé | Travailleur non salarié (SSI) | Assimilé salarié (régime général) |
| Coût des cotisations | Environ 45 % de la rémunération nette | Environ 78 % du salaire net (62 % du brut) |
| Sans rémunération | Cotisations minimales dues | Aucune cotisation |
| Imposition par défaut | Impôt sur le revenu, option IS | Impôt sur les sociétés, option IR temporaire |
| Dividendes | Cotisations sociales au-delà de 10 % du capital, des primes et des comptes courants | Pas de cotisations sociales |
| Apports en numéraire versés à la création | 20 % minimum, solde sous 5 ans | 50 % minimum, solde sous 5 ans |
| Droits sur la cession des titres | 3 % après abattement | 0,10 % |
Ce tableau comparatif EURL ou SASU fait ressortir deux écarts qui tranchent la plupart des dossiers. Le premier tient à la différence de régime social entre SASU et EURL : le coût d’un euro de rémunération n’est pas le même selon que le dirigeant est TNS ou assimilé salarié. Le second concerne les dividendes, qui ne subissent pas le même traitement social. Le reste, capital, statuts ou cession, pèse surtout pour des projets précis.
Statut du dirigeant : régime TNS ou assimilé salarié
La première différence entre SASU et EURL tient à la caisse qui couvre le dirigeant. Le gérant associé unique d’EURL est un travailleur non salarié : il est affilié à la Sécurité sociale des indépendants, ses cotisations se calculent sur les revenus de l’année précédente et sont prélevées chaque mois, sauf option pour un paiement trimestriel. Aucune fiche de paie n’est nécessaire. Selon Bpifrance Création, ces cotisations représentent en moyenne 45 % de la rémunération nette, et environ 30 % au-delà d’un plafond annuel de la Sécurité sociale. Une cotisation minimale reste due même sans rémunération, ce qui permet de valider 3 trimestres de retraite par année civile.
Le président de SASU, lui, relève du régime général comme assimilé salarié, avec une retraite complémentaire Agirc-Arrco de cadre. Les cotisations salariales et patronales atteignent environ 62 % du salaire brut, soit 78 % du salaire net, et sont payées chaque trimestre dans une société de moins de 10 salariés. Sans rémunération, aucune cotisation n’est due, mais le président ne bénéficie alors d’aucune protection sociale par ce biais, sauf s’il est couvert par ailleurs. Rapportées à 1 000 € nets versés au dirigeant, ces moyennes donnent un ordre de grandeur : environ 450 € de cotisations en EURL, environ 780 € en SASU.
La protection sociale est proche pour l’essentiel : mêmes remboursements de soins, mêmes prestations familiales, retraite de base alignée sur celle des salariés. Deux écarts subsistent. Le président de SASU est couvert contre les accidents du travail, le gérant TNS ne l’est pas. Enfin, le gérant TNS ne bénéficie pas de l’assurance chômage.
À retenir : le régime TNS de l’EURL coûte moins cher pour un même revenu net et assure des trimestres de retraite même les années sans rémunération. Le régime général de la SASU coûte davantage mais ajoute la couverture accidents du travail et ne réclame rien tant que le président ne se rémunère pas.

Fiscalité : impôt sur le revenu ou IS
Autre différence entre EURL et SASU, et pas des moindres : l’impôt qui frappe le bénéfice. Quand l’associé unique d’une EURL est une personne physique, la société est par défaut soumise à l’impôt sur le revenu. Le gérant est alors imposé sur la totalité du bénéfice, dans la catégorie de l’activité exercée (BIC, BNC ou BA), que l’argent ait été prélevé ou laissé dans la société. Sa rémunération est un prélèvement sur ce bénéfice, non déductible. Le gérant associé unique peut même relever du régime fiscal de la micro-entreprise si l’activité le permet. L’EURL peut aussi opter pour l’impôt sur les sociétés : son bénéfice est alors imposé au niveau de la société.
La SASU paie l’impôt sur les sociétés dès sa création. En 2026, le taux normal est de 25 %, avec un taux réduit de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice pour les PME qui remplissent les conditions. La rémunération du président est déductible du résultat et imposée chez lui comme un salaire, dans la catégorie des traitements et salaires. Une SASU de moins de 5 ans peut opter pour l’impôt sur le revenu pendant 5 exercices au plus, sous conditions : moins de 50 salariés, un chiffre d’affaires ou un total de bilan inférieur à 10 millions d’euros, au moins 50 % des droits de vote détenus par des personnes physiques et au moins 34 % par les dirigeants et leur foyer fiscal. Cette option ne se renouvelle pas.
Rémunération ou dividendes
Une fois l’impôt sur les sociétés payé, le bénéfice peut être distribué sous forme de dividendes. C’est là que se joue souvent l’avantage SASU EURL le plus discuté, car les deux formes ne traitent pas ces sommes de la même façon :
En pratique, la SASU ouvre un vrai arbitrage entre salaire et dividendes : un salaire modeste pour garder une couverture sociale, le reste en dividendes, ou l’inverse selon les années. En EURL, cet arbitrage n’a presque pas lieu dès que le capital est faible, puisque l’essentiel des dividendes rejoint l’assiette des cotisations. Le bon dosage dépend du niveau de bénéfice, de la situation fiscale du foyer et du besoin de droits à la retraite, un calcul que l’expert-comptable fait au cas par cas.
Capital, cession des titres et conjoint
Le match EURL vs SASU se joue aussi sur trois sujets plus techniques. D’abord, le capital fixé dans les statuts n’a pas à être versé en entier le jour de la création. L’EURL peut ne verser que 20 % des apports en numéraire à la constitution, la SASU 50 %, et le solde doit être libéré dans les 5 ans. Pour les apports en nature, l’associé unique peut se passer d’un commissaire aux apports si aucun bien apporté ne vaut plus de 30 000 € et si leur valeur totale ne dépasse pas la moitié du capital. La différence se voit aussi le jour où l’associé vend : le capital d’une EURL est divisé en parts sociales, celui d’une SASU en actions. La cession de parts sociales supporte des droits d’enregistrement de 3 %, après un abattement de 23 000 € réparti sur l’ensemble des parts, la cession d’actions 0,10 % du prix.
Le conjoint, le partenaire de Pacs ou le concubin qui travaille régulièrement dans l’entreprise dispose de plus d’options en EURL. Il peut y prendre le statut de conjoint collaborateur, sans rémunération mais avec une couverture sociale, pour 5 ans au plus, ou devenir salarié, ou encore associé, la société devenant alors une SARL. En SASU, seuls les statuts de salarié et d’associé sont possibles, et l’entrée d’un associé transforme la société en SAS. Enfin, le président de SASU peut cumuler son mandat avec une activité de micro-entrepreneur, ce que la fiche de Bpifrance Création écarte pour le gérant d’EURL.
SASU ou EURL : quel statut selon votre profil
Le débat SASU ou EURL freelance revient sans cesse chez les consultants et les développeurs, et la réponse dépend moins de la forme elle-même que du projet. Quelques profils types permettent de s’y retrouver :
Lu sous l’angle SASU vs EURL, le choix revient donc à arbitrer entre coût social et souplesse. Les simulateurs en ligne donnent un ordre de grandeur, mais un rendez-vous avec un expert-comptable ou un avocat reste utile avant la signature des statuts, surtout quand des investisseurs ou un conjoint entrent dans l’équation.
En résumé : l’EURL garde l’avantage du coût social et de la simplicité pour un revenu versé en rémunération. La SASU prend le dessus dès que les dividendes, la couverture du régime général ou l’arrivée d’associés comptent davantage.
Créer sa SASU ou son EURL : les étapes
Une fois la forme choisie, la création d’une EURL ou d’une SASU suit cinq étapes, dans cet ordre :
Les statuts fixent le nom, l’objet, le siège, le capital et les pouvoirs du dirigeant. Le greffe propose des statuts types gratuits pour l’EURL gérée par son associé unique ; la SASU laisse une grande liberté statutaire, d’où l’intérêt d’un avocat pour les rédiger.
Au moins 20 % des apports en numéraire en EURL, et la moitié en SASU, sont versés à la constitution ; le solde suit dans les 5 ans. L’établissement qui reçoit les fonds remet une attestation de dépôt, à joindre au dossier d’immatriculation.
Avant l’immatriculation, un avis de constitution paraît dans un support habilité à recevoir les annonces légales, journal ou service de presse en ligne. Le support remet une attestation de parution, à garder pour l’étape suivante.
La demande d’immatriculation passe par le guichet des formalités des entreprises, avec notamment les statuts, l’attestation de dépôt de capital et l’attestation de parution. Une fois la société immatriculée, elle reçoit ses numéros Siren et Siret et son code APE.
Société immatriculée, le dirigeant ouvre le compte qui recevra les paiements des clients et réglera les fournisseurs, en séparant clairement l’argent de la société de ses comptes personnels.
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Vivid ouvre des comptes aux SAS, SARL, SASU et EURL, ainsi qu’aux entrepreneurs individuels et aux micro-entrepreneurs. Une fois la société immatriculée, le compte professionnel en ligne s’ouvre 100 % en ligne, sans passer en agence : l’ouverture prend généralement entre 10 minutes et 1 heure, et l’ouverture elle-même est gratuite. Vivid s’appuie sur les registres officiels pour préremplir les informations de l’entreprise. La SASU et l’EURL accèdent aux plans General Business :
Les factures se créent et s’envoient en illimité depuis le même compte. Les nouveaux clients profitent de 2 mois d’essai gratuits sur le plan payant choisi à l’inscription, et le compte pro peut rester sur Free Start aussi longtemps que la société le souhaite.
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Questions fréquentes
Quel est le mieux entre SASU et EURL ?
Aucune des deux ne l’emporte dans l’absolu. L’EURL coûte moins cher en cotisations pour une rémunération donnée et reste simple à gérer. La SASU offre la couverture du régime général, des dividendes sans cotisations sociales et une ouverture plus facile à des associés. Le choix se fait selon le revenu visé, la part de dividendes et les projets de croissance.
Quel statut coûte le moins de charges ?
Pour un même revenu versé en rémunération, l’EURL : les cotisations du gérant TNS représentent environ 45 % de la rémunération nette, contre environ 78 % du salaire net pour un président de SASU. En revanche, un président de SASU qui ne se rémunère pas ne paie aucune cotisation, alors que le gérant d’EURL doit des cotisations minimales.
SASU ou EURL pour un freelance ?
Un freelance qui se verse l’essentiel de son revenu en rémunération paie moins de cotisations en EURL. Celui qui veut panacher salaire et dividendes, garder la couverture du régime général ou cumuler sa société avec une micro-entreprise trouve la SASU plus souple.
Peut-on se verser des dividendes en EURL ?
Oui, si l’EURL a opté pour l’impôt sur les sociétés. La part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes laissées en compte courant est alors soumise aux cotisations sociales du gérant. Avec un capital faible, la plupart des dividendes entrent donc dans l’assiette.
Quel capital minimum pour une SASU ou une EURL ?
Le capital est librement fixé par l’associé unique : aucun minimum en EURL, 1 € minimum en SASU, si bien que 1 € suffit dans les deux cas. À la création, au moins 20 % des apports en numéraire doivent être versés en EURL et 50 % en SASU, le solde dans les 5 ans. Un capital plus élevé rassure souvent les partenaires et les fournisseurs.
Peut-on transformer une EURL en SASU ?
Oui. L’EURL est une SARL à associé unique et la SASU une SAS à associé unique, si bien que la procédure de transformation d’une SARL en SAS s’applique. La transformation suppose le rapport d’un commissaire à la transformation sur la santé financière et la trésorerie de la société. La décision, qui exige l’unanimité des associés, revient ici au seul associé unique ; elle est consignée dans un procès-verbal et les statuts sont mis à jour. Le changement de forme est publié dans un support d’annonces légales dans un délai d’un mois, puis déclaré au guichet des formalités.
Le dirigeant a-t-il droit au chômage ?
Le gérant associé unique d’EURL ne bénéficie pas de l’assurance chômage. Un créateur qui perçoit déjà l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) peut en revanche la garder pendant la création. En SASU, c’est le cas tant que le mandat du président n’est pas rémunéré. En EURL, les dividendes soumis à cotisations entrent dans le calcul de l’allocation. L’ARCE, qui verse une partie des droits sous forme de capital, remplace l’ARE et ne s’y ajoute pas.
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou social. Les règles applicables à la SASU et à l’EURL sont présentées telles que publiées par Bpifrance Création et par l’administration ; le choix d’une forme sociale gagne à être validé avec un expert-comptable ou un avocat. Les services de paiement sont fournis par Vivid Money S.A., établissement de monnaie électronique agréé par la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) au Luxembourg, dont la succursale en France relève de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).






